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Dune

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  albert.delsart@ a écrit:
  D’un point de vue littéraire, « Dune » est ce que l’on peut appeler un « pavé ». Franck Herbert a en effet imaginé une monumentale saga de science-fiction qui, à l’instar du « Seigneur des Anneaux » de J. R. R Tolkien, repose sur une mythologie dense et fouillée. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que « Dune » remporte en 1965 les deux prix de la littérature de Science-fiction, le Hugo et le Nebula. Dès lors, l’œuvre d’Herbert devint l’un des livres de ce genre le plus lu au monde. Ses nombreuses suites ne feront que confirmer son succès. Dans ces conditions, il est inutile de dire que l’idée d’adapter le roman pour le grand écran germe très vite dans l’esprit de certaines personnes. Ainsi, quelques années seulement après sa publication, les droits du livre furent retenus par Arthur P. Jacobs, le producteur de « La Planète des Singes » et de ses séquelles. Toutefois, à la suite de son décès, le projet ne dépassera pas le stade du story-board. En 1975, il est question d’une nouvelle adaptation sous la direction d’Alexandro Jodorowsky. La production accumule les déboires et gaspille son argent. Le départ de Dan O’Bannon, Chris Foss, Moebius et H. R. Giger pour préparer « Alien » porte le coup de grâce au projet. Dino de Laurentis, producteur italien mégalomane (on se souvient de son triste « King Kong » de 1976), récupère les droits trois ans plus tard et décide d’associer Herbert lui-même à l’écriture du scénario. De Laurentis charge Ridley Scott de la réalisation mais certaines divergences artistiques et budgétaires l’obligent à l’écarter. David Lynch, avec seulement deux films à son actif (« Eraserhead » et « Elephant Man ») se voit finalement confier la réalisation de « Dune ». Le scénario d’Herbert est quant à lui remanier car, en l’état, il est totalement infilmable. La production atteint des proportions énormes : 50 millions de dollars de budget (colossale pour l’époque), 6 mois de tournage, 53 acteurs et 20 000 figurants, une équipe technique de 900 personnes, 17 décors construits et 200 personnes pour nettoyer les 6 km² de désert destinés à accueillir tout ce petit monde. Le plus étonnant, c’est que, malgré l’importance du projet, le rôle principal soit confié à un inconnu : Kyle Machlan. Celui-ci retravaillera plus tard avec Lynch (Blue Velvet, Twin Peaks) Option curieuse mais néanmoins conforme au souhait d’Herbert. Tous les éléments sont donc en place pour donner aux spectateurs l’adaptation ultime du monde d’Arrakis sur grand écran. Résultat des courses : « Dune » est une immense déception, à la hauteur des espoirs suscités par son énorme production. Essayons d’être objectif dans notre analyse des causes du désastre. Le principal point faible du film réside dans son scénario car tous les autres défauts constatés n’en sont que le prolongement. En effet, l’option retenue est celle d’une transcription littérale de l’œuvre d’Herbert sur grand écran. Il aurait été plus logique d’adapter le roman en privilégiant certains de ses passages et certaines de ses intrigues plutôt que de vouloir tout montrer sur à peine 2h15 de métrage (ce qui est vraiment très, très court dans le cas présent) Il faut préciser que plus d’une heure du montage original a été coupée afin de faciliter l’exploitation du film. On se retrouve donc avec une profusion de petites scènes qui s’enchaînent à un rythme frénétique. A cela s’ajoute, une utilisation systématique de la voix off pour commenter la moindre chose ou donner des explications. Les personnages n’ont bien sûr aucune épaisseur psychologique compte tenu de leur faible temps de présence à l’écran. Kyle Machlan n’est guère expressif et le moindre suspense est désamorcé par la succession rapide des scènes. Ce qui est encore plus dommageable, ce sont les effets spéciaux. Compte tenu du budget, on pouvait s’attendre à nettement mieux. Entre des effets optiques pas terribles, des transparences trop visibles, des matte-paintings assez limites et des créatures créées par Carlo Rambaldi à la limite de l’indigence, il est difficile d’y trouver son compte. Cerise sur le gâteau, la mise en scène de Lynch se révèle particulièrement plate et ne confère aucun souffle à l’histoire. Il plante sa caméra à un endroit et attend qu’il se passe quelque chose devant. Dommage. Le bonhomme peut mieux faire. Finalement, « Dune » est un immense ratage qui illustre l’absolue nécessité d’adapter, en l’épurant et en se concentrant sur l’essentiel, une œuvre littéraire au cinéma. Il faudra attendre près de 20 ans pour que le talent de Peter Jackson démontre, avec sa trilogie de l’anneau, qu’une telle synthèse entre roman et grand écran reste parfaitement possible. Bien entendu, cela implique de faire des choix narratifs essentiels mais cela ne signifie pas pour autant que l’on trahit l’œuvre ainsi adaptée..
(3/10)
 
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